Les « Staunton chessmen » forment un modèle de pièces d'échecs enregistré à Londres le 1er mars 1849 au nom de Nathaniel Cooke, fabriqué par la maison John Jaques et promu par Howard Staunton, alors tenu pour le meilleur joueur du monde, dont il porte le nom. Mis en vente le 29 septembre 1849, il est devenu le standard imposé dans les compétitions de la FIDE.
- Staunton
- Modèle de pièces d'échecs déposé à Londres en 1849, dessiné par Nathaniel Cooke et fabriqué par John Jaques, qui prit le nom du joueur Howard Staunton. Ses formes simples et lisibles (roi à croix, dame à couronne, cavalier en tête de cheval) en ont fait le standard des tournois.
Avant 1849 : des pièces qui ne se ressemblaient pas
Au début du XIXe siècle, aucun modèle ne faisait référence. À Paris, on jouait avec des pièces de style Régence ; en Allemagne et en Europe centrale, avec des pièces Selenus, hautes et fines ; en Angleterre, avec des styles comme le St George ou le Barleycorn. Souvent belles, ces pièces étaient parfois instables et difficiles à distinguer : un fou pouvait passer pour un pion, une dame pour un roi. Un joueur de passage devait donc s'accoutumer au jeu de son adversaire. Ces formes sont présentées sur notre page consacrée aux styles historiques de pièces d'échecs.
1849 : le dépôt du modèle Staunton chessmen
Le 1er mars 1849, un dessin intitulé « Ornamental Design for a set of Chess-Men » est enregistré au bureau des brevets de Londres, au titre de la loi de 1842 sur les dessins ornementaux, au nom de Nathaniel Cooke, domicilié au 198 Strand. Son nom est parfois écrit « Cook ». Cooke était lié à l'Illustrated London News, l'hebdomadaire dans lequel Howard Staunton tenait une rubrique d'échecs, et c'est lui qui persuada le joueur d'appuyer le nouveau modèle.
La fabrication échut à John Jaques, dont l'entreprise de jeux et d'articles de sport était installée à Hatton Garden, à Londres. Tourneur chevronné, Jaques a probablement mis au point les profils qui permettaient une fabrication soignée à un coût raisonnable.
Le 8 septembre 1849, l'Illustrated London News fait l'éloge des « Staunton Chess-men ». Le 29 septembre 1849, le modèle est proposé au public. Les 500 premiers jeux sont numérotés et signés de la main de Staunton.
| Date | Événement |
|---|---|
| 1843 | Howard Staunton bat Pierre Charles Fournier de Saint-Amant à Paris ; il est considéré comme le meilleur joueur du monde jusqu'en 1851 environ. |
| 1er mars 1849 | Enregistrement du dessin au nom de Nathaniel Cooke (loi de 1842 sur les dessins ornementaux). |
| 8 septembre 1849 | L'Illustrated London News présente les « Staunton Chess-men ». |
| 29 septembre 1849 | Mise en vente des premiers jeux fabriqués par Jaques. |
| Fin du XIXe et XXe siècle | Le modèle se diffuse dans les clubs et les tournois, copié et adapté par de nombreux fabricants. |
| 2022, puis 2026 | Les normes FIDE du matériel exigent des pièces « de style Staunton » pour les compétitions officielles. |
Les trois hommes derrière le modèle
Nathaniel Cooke, le dessinateur
Le dessin fut enregistré à son nom. Les historiens du jeu lui attribuent en général la conception, même si la part exacte de John Jaques dans la mise au point des profils reste débattue.
John Jaques, le fabricant
La maison Jaques, dont les origines remontent, selon l'entreprise, à 1795, fabriquait des objets en ivoire, en bois dur et en os, puis des jeux. Elle a produit les premiers jeux Staunton et revendique encore ce rôle historique. Les jeux de la marque demeurent recherchés des collectionneurs.
Howard Staunton, le parrain
Howard Staunton (1810-1874) n'a pas dessiné les pièces. Il leur a prêté son nom, sa signature et sa notoriété, dans ses chroniques comme dans la notice jointe aux jeux. Il critiquait volontiers les modèles concurrents. Ce parrainage d'un champion fut déterminant pour imposer le modèle.
Pourquoi le dessin s'est imposé
- La lisibilité : chaque pièce a une tête que l'on reconnaît d'un coup d'œil, même de loin. Le roi porte une croix, la dame une couronne, le fou une mitre fendue, la tour des créneaux, le cavalier une tête de cheval.
- La stabilité : des bases larges et des profils bas empêchent les pièces de tomber au moindre geste.
- Le poids : les jeux en buis et ébène étaient lestés de plomb et feutrés dessous pour glisser sans bruit (voir le lestage des pièces).
- Le symbole : les formes reprennent des motifs familiers de la société victorienne. Le cavalier, selon une tradition souvent rapportée, s'inspire d'une tête de cheval des marbres du Parthénon conservés au British Museum.
Staunton, Régence, Selenus, Dubrovnik : la comparaison
| Modèle | Date et origine | Roi | Cavalier | Usage |
|---|---|---|---|---|
| Staunton | 1849, Londres | Couronne surmontée d'une croix | Tête de cheval sculptée | Standard FIDE |
| Régence | XIXe siècle, France (Café de la Régence) | Tête tournée, souvent fine | Tête de cheval plus stylisée | Joué à Paris, dont le match Staunton contre Saint-Amant de 1843 |
| Selenus | Nom tiré d'un livre de 1616 ; Allemagne, Europe centrale | Haut, élancé, étages de collerettes | Tête de cheval sur un fût mince | Courant jusqu'au début du XXe siècle |
| Dubrovnik | 1950, Yougoslavie (Olympiade) | Sans croix ni symbole religieux | Tête simplifiée, base large | Tournois, collection |
Les échecs Staunton aujourd'hui : un modèle, mille variantes
Le dessin enregistré en 1849 n'est plus protégé depuis longtemps, et le mot « Staunton » désigne désormais une famille de formes plus qu'un modèle unique. On trouve des reproductions fidèles du jeu de 1849, des Staunton « de tournoi » aux formes simplifiées, des « German Knight » au cavalier plus anguleux, des Staunton français issus de la tradition du Jura. Certaines marques actuelles ont repris le nom dans leur raison sociale, comme l'américaine House of Staunton, sans lien historique avec Jaques.
Les normes FIDE ont consacré ce succès : depuis 2022, puis dans la version en vigueur depuis le 1er mars 2026, elles exigent des pièces de style Staunton, en bois ou en plastique, avec un roi de 95 mm (à 10 % près). Pour comprendre ce que recouvrent « taille 5 » ou « taille 6 », voyez notre page sur la taille des pièces d'échecs. Pour les bois des premiers jeux, consultez ébène et buis, et pour les essences en général, notre comparatif des bois.
Pour mesurer la diversité des lectures actuelles du modèle, le Palais des Échecs rassemble des jeux d'échecs au modèle Staunton de plusieurs tailles et essences, et expose dans un article sa sélection de jeux Staunton, avec les différences de cavalier d'un modèle à l'autre.
Comment reconnaître un bon jeu Staunton
Commencez par le cavalier : c'est la pièce la plus difficile à réussir et celle qui trahit le plus vite un jeu bâclé. Les deux cavaliers d'un même camp doivent être symétriques, ou très proches. Contrôlez ensuite la base : un diamètre égal à 40 à 50 % de la hauteur, comme le prévoient les normes FIDE, garantit la stabilité. Soupesez enfin les pièces : un jeu lesté se tient mieux, et la feutrine doit être collée proprement, sans bavure.
Le dessin, pièce par pièce
Le génie du modèle tient à un vocabulaire de formes réduit que chacun reconnaît sans apprentissage. Tous les Staunton, d'hier et d'aujourd'hui, partagent les mêmes repères :
| Pièce | Signe distinctif | Hauteur FIDE (2026) |
|---|---|---|
| Roi | Couronne surmontée d'une croix | 95 mm |
| Dame | Couronne ouverte, souvent crénelée, surmontée d'une petite boule | 85 mm |
| Fou | Mitre d'évêque fendue en biais | 70 mm |
| Cavalier | Tête de cheval sculptée sur une base tournée | 60 mm |
| Tour | Tour crénelée trapue | 55 mm |
| Pion | Boule posée sur un col et une base larges | 50 mm |
Toutes les pièces reposent sur une base large et partagent le même vocabulaire de moulures, d'où l'unité du jeu. C'est cette cohérence qui permet aux fabricants de varier les détails (forme du cavalier, épaisseur des collerettes) sans désorienter le joueur.
Ainsi, plus de 170 ans après son dépôt à Londres, le Staunton reste l'alphabet commun des joueurs : la même silhouette se retrouve de Londres à Luxembourg, dans les tournois de la FIDE comme dans les parties amicales. Retenir qui l'a dessiné, qui l'a fabriqué et qui l'a parrainé, c'est aussi savoir lire une fiche de jeu avec un œil plus sûr.
Questions fréquentes
Qui a inventé le modèle Staunton ?
Le dessin a été enregistré le 1er mars 1849 au nom de Nathaniel Cooke, que l'on tient généralement pour son concepteur. Il a été fabriqué par John Jaques, de Londres, qui a sans doute contribué à la mise au point des profils.
Pourquoi le modèle s'appelle-t-il Staunton ?
Parce que Howard Staunton, le joueur le plus réputé de l'époque, a accepté de parrainer le modèle : il lui a prêté son nom, a signé les premiers jeux et en a fait la promotion dans la presse.
Pourquoi les jeux Jaques sont-ils si chers ?
Parce qu'ils réunissent le prestige d'une maison historique liée à la naissance du modèle, des bois denses comme le buis et l'ébène, un long travail de finition et une forte demande des collectionneurs. Les jeux anciens signés ou étiquetés atteignent des prix élevés en vente publique.
Sources : Wikipédia (en) : Staunton chess set (dépôt du 1er mars 1849, Illustrated London News du 8 septembre 1849) ; musée de la FIDE ; normes FIDE du matériel (2022 et 2026).
À lire aussi
- Styles historiquesRégence, Selenus, Dubrovnik, Lardy : les grandes familles de pièces.
- Tailles des piècesHauteur du roi, diamètre de base et taille des cases.
- LestagePlomb, zinc, acier, double lestage et feutrine.