L'échiquier de Lewis désigne un ensemble de pièces d'échecs du XIIe siècle, sculptées pour la plupart dans de l'ivoire de morse et découvertes en 1831 sur l'île de Lewis, dans les Hébrides extérieures (Écosse). Le trésor comptait 93 objets, dont 78 pièces d'échecs ; il est partagé entre le British Museum, à Londres, et le National Museum of Scotland, à Édimbourg.
- Pièces de Lewis
- Pièces d'échecs du XIIe siècle (probablement 1150-1200), en ivoire de morse et pour quelques-unes en dent de baleine, découvertes en 1831 sur l'île de Lewis (Hébrides extérieures, Écosse). Elles proviennent de plusieurs jeux et auraient été sculptées en Scandinavie, probablement à Trondheim, en Norvège.
L'échiquier de Lewis : une découverte de 1831
En 1831, sur la côte ouest de l'île de Lewis, un trésor sort du sable : 93 objets, dont 78 pièces d'échecs, 14 pions de tables (un jeu proche du trictrac) et une boucle de ceinture. La tradition situe la découverte près de la baie d'Uig ; des chercheurs des National Museums Scotland jugent aujourd'hui plus probable le lieu-dit de Mealista, une dizaine de kilomètres plus au sud. Le nom de l'homme qui les aurait trouvées n'apparaît dans les sources qu'en 1863. Les circonstances exactes, et la raison pour laquelle ces pièces ont été enfouies là, restent inconnues.
Le trésor est vendu et partagé dès le XIXe siècle. Le British Museum acquiert 82 objets ; les 11 pièces restantes rejoignent les collections écossaises et sont aujourd'hui au National Museum of Scotland, à Édimbourg.
De quoi sont faites les pièces de Lewis ?
La plupart sont sculptées dans de l'ivoire de morse, c'est-à-dire dans les défenses de cet animal des mers arctiques, que les Scandinaves du Moyen Âge chassaient ou obtenaient par le commerce. Quelques pièces sont taillées dans des dents de baleine. Cette matière dense, d'un blanc crème, se prête à la sculpture fine : les plis des vêtements, les tresses, les motifs des trônes sont d'une grande précision. Certaines pièces portaient, au moment de leur découverte, des traces de teinture rouge : les deux camps étaient sans doute distingués par la couleur, et non par le noir et blanc d'aujourd'hui.
Qui les a sculptées ?
Le style des pièces, et notamment le décor des trônes, rappelle l'art roman scandinave. L'hypothèse la plus souvent retenue est un atelier de Trondheim, grande ville de la Norvège médiévale ; d'autres chercheurs proposent l'Islande, voire une fabrication locale dans les Hébrides, alors rattachées au monde norrois (le royaume de Man et des Îles). Le débat n'est pas tranché. Le nombre de pièces et leurs différences de taille montrent en tout cas qu'elles appartiennent à plusieurs jeux incomplets.
Les figures du jeu
Contrairement aux pièces modernes, les pièces de Lewis sont de véritables petites sculptures. Avec la pièce retrouvée en 2019, on en connaît 79 :
| Pièce | Nombre | Représentation |
|---|---|---|
| Rois | 8 | Assis sur un trône, tenant une épée |
| Dames | 8 | Assises, la main droite contre le visage |
| Fous | 16 | Évêques mitrés, crosse en main |
| Cavaliers | 15 | Chevaliers montés sur de petits chevaux |
| Tours | 13 | Gardiens debout, certains mordant leur bouclier |
| Pions | 19 | Formes simples, sans figure |
Les fous, représentés en évêques tenant leur crosse, illustrent la façon dont la pièce a pris un sens religieux en Europe. Les tours, figurées par des gardiens debout, n'ont rien de la tour crénelée moderne ; quatre d'entre eux, les yeux exorbités, mordent leur bouclier comme les guerriers-fauves (berserkers) des sagas scandinaves.
La pièce retrouvée en 2019
En juillet 2019, un gardien (une tour) inconnu des spécialistes est vendu chez Sotheby's, à Londres, pour 735 000 livres sterling. Selon la maison de ventes, un antiquaire d'Édimbourg l'avait acheté en 1964 pour 5 livres, sans l'identifier ; sa fille l'avait ensuite conservé pendant des années dans un tiroir. Plusieurs pièces du trésor d'origine manquent toujours.
Pourquoi les pièces de Lewis sont-elles si importantes ?
- Leur rareté : peu de jeux d'échecs médiévaux nous sont parvenus aussi complets.
- Leur témoignage historique : elles montrent comment le jeu, venu d'Orient, s'est adapté à la société féodale européenne, avec un roi, une reine et un évêque.
- Leur qualité artistique : l'expressivité des visages et la finesse des détails en font des chefs-d'œuvre de la sculpture romane sur ivoire.
- Leur rôle d'icône : elles sont devenues un symbole de l'Écosse et des échecs, abondamment reproduites.
Où voir les pièces de Lewis ?
- British Museum, Londres : la plus grande partie du trésor (82 objets).
- National Museum of Scotland, Édimbourg : 11 pièces.
- Museum nan Eilean, au château de Lews, à Stornoway (île de Lewis) : six pièces du British Museum y sont prêtées depuis 2015.
Les deux grands musées publient des notices détaillées et des photos de chaque pièce dans leurs bases de collections en ligne, consultables gratuitement.
Figurines et reproductions
Leur succès a fait naître de nombreuses reproductions, en résine, en bois ou en matériaux qui imitent l'ivoire, souvent à l'échelle des originaux, dont la plupart mesurent entre 7 et 10 cm environ. Ces jeux sont surtout décoratifs : les pièces, très proches les unes des autres en silhouette, sont moins lisibles que des Staunton pour une vraie partie. Le Palais des Échecs consacre un article à ses reproductions des échecs de l'île de Lewis et présente un ensemble complet île de Lewis, plateau compris, pour qui veut les avoir sous les yeux. Pour les autres styles anciens, voir notre page sur les styles historiques.
Un jeu aux règles différentes
Les joueurs du XIIe siècle ne jouaient pas tout à fait aux échecs que nous connaissons. La pièce que nous appelons dame, souvent nommée « fierge » ou « fers » en ancien français, ne se déplaçait que d'une case en diagonale ; le fou, alors appelé « alfil », sautait de deux cases en diagonale. Les parties étaient donc beaucoup plus lentes. Les déplacements modernes de la dame et du fou ne se sont imposés qu'à la fin du XVe siècle, en Europe du Sud. Les pièces de Lewis témoignent ainsi d'un état ancien du jeu, au moment même où il prenait en Europe une allure féodale : la dame y est une reine assise, le fou un évêque, la tour un guerrier.
Cette lenteur explique aussi la forme des pièces : sur un plateau où l'on jouait longuement, l'objet comptait autant que la partie. Les jeux de prestige étaient des signes de rang, offerts ou transmis, et leur matière, l'ivoire de morse, venait des confins arctiques du monde norrois.
Reconnaître une bonne reproduction
Les reproductions sérieuses reprennent les proportions et les expressions des originaux, publiées en détail par les musées. Regardez les visages, souvent simplifiés sur les copies bon marché, les détails des trônes (entrelacs, arcatures) et la différence de teinte entre les deux camps : l'une des deux armées est souvent teintée en rouge brun, en écho aux traces de couleur observées sur certaines pièces d'origine. Une base stable et une feutrine sont indispensables si l'on veut vraiment jouer, car les silhouettes, larges en haut, sont moins stables qu'un Staunton.
Questions fréquentes
Que sont les pièces de Lewis ?
Ce sont des pièces d'échecs du XIIe siècle, sculptées surtout dans l'ivoire de morse, découvertes en 1831 sur l'île de Lewis en Écosse. Le trésor comptait 78 pièces d'échecs, 14 pions de tables et une boucle de ceinture.
Pourquoi les pièces d'échecs de Lewis sont-elles si importantes ?
Parce qu'elles forment l'un des ensembles de pièces médiévales les plus complets connus, qu'elles témoignent de l'adaptation du jeu à l'Europe féodale (évêques, gardiens) et qu'elles sont d'une grande qualité artistique.
Où voir les pièces de Lewis ?
Au British Museum à Londres (82 objets), au National Museum of Scotland à Édimbourg (11 pièces) et au Museum nan Eilean de Stornoway, sur l'île de Lewis, où six pièces sont prêtées depuis 2015.
Sources : British Museum (base des collections), National Museums Scotland, Wikipédia (en) : Lewis chessmen, Sotheby's (vente de juillet 2019).
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