Trois éléments font des pièces d'échiquier « originales » : la matière (le plus souvent un bois, buis, ébène, palissandre ou érable), le dessin (Staunton, Régence, Selenus, reproductions des pièces de Lewis…) et la manière dont elles ont été tournées, sculptées, lestées et finies. Ce site passe en revue ces trois dimensions, sans rien vendre. Que vous jouiez dans un club de Genève, de Lausanne ou de Neuchâtel, ou que vous cherchiez simplement un beau jeu à offrir, ces repères valent partout.
Sur une fiche produit, un jeu d'échecs tient souvent en quelques termes techniques : « buis ébonisé », « palissandre », « taille 5 », « double lestage », « cavalier sculpté ». Derrière chaque mot se cache pourtant une histoire précise : celle d'une essence de bois et de la réglementation qui l'entoure, celle d'un modèle déposé à Londres en 1849, celle d'un savoir-faire de tourneur né dans les montagnes du Jura. Le Royaume des Échiquiers réunit ces connaissances en quatorze pages brèves, sourcées et faciles à citer.
Pourquoi s'intéresser aux pièces d'échiquier originales ?
Parce que deux jeux presque identiques en photo peuvent n'avoir quasiment rien de commun. Un roi en buis massif de 9,5 cm, lesté et feutré, n'a pas la même tenue en main qu'un roi en bois tendre teinté, creux et léger. Un cavalier dont la tête a été sculptée à part ne ressemble pas à un cavalier moulé. Et un jeu en palissandre de Rio n'obéit pas aux mêmes règles de commerce qu'un jeu en sheesham. Saisir la matière et le dessin, c'est savoir ce que l'on achète, ce que l'on offre ou ce dont on hérite.
Les pièces originales ne sont pas nécessairement les plus spectaculaires. Le modèle Staunton, sobre et lisible, est un « original » au sens strict : un dessin déposé, avec une date, un dessinateur et un fabricant identifiés. À l'inverse, nombre de jeux dits « design » ne sont que des variations récentes. Ce site vous donne de quoi faire la différence.
- Pièce d'échiquier originale
- Pièce dont le dessin, la matière ou la fabrication se démarquent d'un jeu standard : modèle historique identifiable (Staunton, Régence, Selenus, Lewis), essence de bois retenue pour sa couleur et sa densité, cavalier sculpté plutôt que moulé, lestage et finition soignés.
Les bois : la matière de référence
Le bois demeure la matière reine des pièces d'échecs. La Fédération internationale des échecs (FIDE) le consigne d'ailleurs dans ses normes : pour ses compétitions, elle exige des pièces de style Staunton en bois, en plastique ou en une matière qui les imite. Le couple classique réunit un bois clair pour les blancs, presque toujours le buis, et un bois sombre pour les noirs : ébène, palissandre ou buis teinté en noir.
- Buis
- Ébène
- Palissandre
- Sheesham
- Padouk
- Érable
- Noyer
Les pages consacrées aux bois :
- Quel bois pour un jeu d'échecs ?
Le comparatif des essences : couleur, densité, dureté, usage, statut CITES.
- Ébène et buis
Le couple historique des pièces noires et blanches, et le buis ébonisé.
- Palissandre ou bois de rose ?
Deux noms souvent confondus, et ce que dit la CITES.
- Les bois du plateau
Érable, noyer, acajou, marqueterie et placage.
Pour observer ces essences sur des jeux complets, le Palais des Échecs propose un large choix de jeux d'échecs en bois, du buis à l'ébène : c'est l'occasion de comparer les teintes réelles une fois le bois verni ou ciré.
Les modèles et les styles : d'où viennent les formes
La silhouette d'une pièce d'échecs a son histoire. Avant 1849, chaque pays avait ses habitudes : pièces Régence à Paris, pièces Selenus élancées en Allemagne, styles anglais comme le Barleycorn ou le St George. Le modèle Staunton, déposé à Londres le 1er mars 1849, a peu à peu imposé un dessin commun, lisible et stable, aujourd'hui requis dans les compétitions de la FIDE. En remontant plus loin dans le temps, les pièces de Lewis, sculptées au XIIe siècle dans l'ivoire de morse, demeurent les pièces d'échecs médiévales les plus célèbres.
- Le modèle Staunton
1849, Nathaniel Cooke, John Jaques et Howard Staunton.
- Les styles historiques
Régence, Selenus, Dubrovnik, Lardy : les grandes familles de pièces.
- Les pièces de Lewis
Ivoire de morse, Norvège médiévale, British Museum.
Ceux qui aiment les formes anciennes découvriront au Palais des Échecs des pièces de style historique qui reprennent ces dessins d'avant la standardisation, des pièces médiévales aux modèles du XIXe siècle.
Fabrication et usage : du tour à bois à l'entretien
Une pièce d'échecs en bois naît sur un tour : on dégrossit un carrelet, on le tourne au profil voulu, on perce la base pour y loger un poids, puis on colle une feutrine. Le cavalier réclame une vraie sculpture, et c'est souvent lui qui départage deux jeux. Restent ensuite les questions pratiques : quelle taille choisir, à quoi sert le lestage, comment entretenir un jeu appelé à durer des décennies.
- Taille 3, 5 ou 6
Hauteur du roi, diamètre de base et taille des cases.
- Le lestage
Plomb, zinc, acier, double lestage et feutrine.
- La fabrication
Tournage, sculpture du cavalier, ébonisation, finition.
- Saint-Claude et le Jura
La tradition française de la tournerie, Chavet et Lardy.
- Marbre, onyx, verre
Les jeux en matière minérale, en contrepoint du bois.
- L'entretien
Cire, humidité, feutrine et rangement.
Les repères à retenir en un coup d'œil
| Sujet | Repère | Source |
|---|---|---|
| Modèle Staunton | Dessin enregistré le 1er mars 1849 à Londres, mis en vente le 29 septembre 1849 | Registre des dessins, presse de l'époque |
| Hauteur du roi (FIDE) | 95 mm, avec une tolérance de 10 % | Normes FIDE du matériel, 2026 |
| Côté des cases (FIDE) | Entre 5 et 6 cm ; quatre pions doivent tenir sur une case | Normes FIDE du matériel, 2026 |
| Pièces de Lewis | Découvertes en 1831 sur l'île de Lewis ; 78 pièces d'échecs dans le trésor d'origine | British Museum, National Museums Scotland |
| Palissandre de Rio | Dalbergia nigra, inscrit à l'annexe I de la CITES depuis 1992 | CITES |
Comment ce site est rédigé
Le Royaume des Échiquiers est un site éditorial indépendant. Chaque date, chaque norme et chaque chiffre a été contrôlé auprès d'une source identifiable : normes de la FIDE, notices des musées, textes de la CITES, inventaires du patrimoine, encyclopédies. Lorsqu'une information n'a pu être confirmée (une date de fondation, une attribution douteuse), nous l'indiquons comme incertaine ou nous l'écartons. Les liens vers une boutique, quand il y en a, servent à illustrer un propos et ne constituent pas un classement. La page À propos en dit davantage.
Ces contenus s'adressent aussi aux joueurs de Suisse romande, souvent licenciés auprès de la Fédération Suisse des Échecs (FSE-SSB) : les normes évoquées ici sont celles de la FIDE, valables pour les tournois internationaux comme pour la plupart des compétitions nationales. Quand un prix est mentionné, il l'est en euros, d'après le marché français ; comptez simplement une conversion en francs suisses (CHF) à contrôler au moment de l'achat.
Questions fréquentes
Quelles sont les pièces du jeu d'échecs ?
Chaque joueur commande seize pièces : un roi, une dame, deux tours, deux fous, deux cavaliers et huit pions, soit trente-deux pièces pour un jeu complet. Les normes FIDE établissent l'ordre des hauteurs : roi, dame, fou, cavalier, tour, pion.
Comment créer un jeu d'échecs ?
Un jeu en bois se réalise au tour : chaque pièce est tournée dans un carrelet de bois sec, les cavaliers sont sculptés, puis on teinte, on vernit ou on cire, avant de lester et de feutrer les bases. Notre page sur la fabrication des pièces d'échecs détaille chacune de ces étapes.
Pourquoi le jeu d'échecs s'appelle-t-il « échecs » ?
Le mot dérive du persan « shāh », le roi, transmis par l'arabe puis par le latin médiéval ; « échec » désignait l'attaque du roi, et le pluriel a fini par désigner le jeu tout entier. L'histoire du jeu dépasse le cadre de ce site, centré sur le matériel.
À lire aussi
- Essences de boisLe comparatif des essences : couleur, densité, dureté et CITES.
- Le modèle Staunton1849, Nathaniel Cooke, John Jaques et Howard Staunton.
- FabricationTournage, sculpture du cavalier, ébonisation, finition.